mardi 4 septembre 2018

BOMAG MPH100


Lorsque j’étais jeune, mon passe-temps favori durant les vacances d’été était l’observation d’engins de chantier dans leur milieu naturel. J’enfourchais ma bicyclette et partais à la recherche de zones de travaux où les machines ont l’habitude de se regrouper.


À l’été 1989, la municipalité de Saint-Hubert octroya un contrat à la firme Désourdy Construction pour la réfection de certains tronçons de rues situés entre la Grande-Allée et le boulevard Taschereau, près de l’école secondaire Mgr-A.-M.-Parent. Le contrat incluait le recyclage à froid de la chaussée. La photo ci-dessus fut prise au coin des rues Raymond et Grand-Boulevard. On y voit une recycleuse BOMAG MPH100 en marche arrière, se positionnant pour le passage suivant. Ces machines, capables de réduire le macadam en gravats, offrent un spectacle des plus impressionnants. Le rugissement de l’engin et l’odeur caractéristique de l’asphalte pulvérisée ont laissé en moi des souvenirs indélébiles. Cette machine appartenait à une autre époque : de nos jours, l'opérateur a droit à une cabine climatisée et isolée du son et des vibrations.


En opération, le moteur de la recycleuse entraine un tambour muni de dents en carbure de tungstène (à l’arrière de la machine, sous un bouclier pour prévenir la projection de gravats) qui brisent le revêtement de la chaussée par abrasion. La BOMAG MPH100 utilise une transmission hydrostatique pour transmettre la puissance du moteur au tambour. Notez, dans la vidéo ci-dessus, comment la machine se met à danser lorsque le tambour entre en contact avec le sol. Ces machines sont conçues pour couvrir de grandes surfaces et par conséquent ne conviennent pas au travail de précision. La découpe des bouches d’égout et des couvercles de vanne est laissée à des machines plus agiles ou à des pelles mécaniques. Un opérateur nonchalant est passé sur un couvercle de vanne alors que j’observais sa monture. La machine s’est alors mise à sursauter violemment en faisant un vacarme infernal… Réalisant que quelque chose n’allait pas, l’opérateur stoppa la recycleuse, releva le tambour et gara l’engin sur une rue adjacente pour évaluer les dommages. Une série de dents était cassée et dû être remplacée. Contrairement à la machine dans la vidéo ci-dessous, où le mécanicien peut refaire la dentition du tambour en étant accroupi, sur la BOMAG MPH100, le mécanicien doit se coucher sous le tambour qui a été préalablement bloqué en position relevée... La méthode d'extraction et de remplacement des dents est la même.


La BOMAG MPH100 que j’ai prise en photo, contrairement à celle de la vidéo, peut aussi servir à la stabilisation de la fondation de la chaussée. On utilise alors le tambour pour mélanger un additif au gravier avant l’application de l’asphalte. J’ai déjà vu ces machines être attelées à une citerne de goudron liquide à l’aide d’un timon amovible. Un tuyau était alors raccordé entre la citerne et une pompe installée sur le pare-chocs de la recycleuse. Le goudron circule à l’intérieur du tuyau qui passe du côté droit du capot et se rend jusqu’au tambour. On met alors en marche le tambour, la pompe et on ouvre la valve installée juste avant le rail de distribution qui est monté sur le boîtier du tambour. Le goudron est alors mélangé au gravier mis en mouvement par le tambour. Il ne reste alors qu’à niveler et compacter le sol avant d’asphalter.

En 1956, Koehring fit l'acquisition de la firme Buffalo-Springfield Company. Cette dernière, spécialisée dans la fabrication de rouleaux compacteurs, devint alors une division de Koehring. En 1957, Karl Heinz Schwamborn fonda la firme Bopparder Maschinenbau-Gesellschaft mbH (BOMAG) à Boppard en Allemagne. Schwamborn est l'inventeur du rouleau compacteur vibrateur à deux tambours motorisés. Il vendit l'entreprise à Koehring en 1970. Peu de temps après, la division Buffalo-Springfield fut rebaptisée BOMAG. En 1980, Koehring fut acquise par Air Movement and Control Association International (AMCA). Northwest Engineering se porta acquéreur de Koehring en 1987. La même année, Terex fut aussi acquise par Northwest Engineering et l'ensemble fut rebaptisée Terex. La division BOMAG fut vendue à SPX Corporation en 2001 avant de passer aux mains du Groupe Fayat de Bordeaux en France, en 2005.

lundi 27 août 2018

Koehring Bantam S-155 Hoekruiser


J’ai grandi à Saint-Hubert, une petite ville de la rive-sud de Montréal. J’étais fasciné par la flotte d’engins hétéroclite du service des travaux publiques : chargeuse-pelleteuse John-Deere 310A, chargeuse John-Deere 544, chenillettes Bombardier SW48 et camions-bennes Ford L8000 et International-Harvester S1900. Mais à mes yeux, l'étoile de la flotte était sans conteste cette excavatrice. Je l’ai photographiée vers la fin des années 1980, lors de travaux de réparation du système d’égouts pluvial sur le boulevard Marie. J’ai utilisé un appareil Kodak 110mm (d’où la piètre qualité de l’image). Ne possédant pas d’objectif grand angle, j’ai dû m’éloigner du sujet pour l’ajuster au cadre.  La zone de travaux étant situé devant le parc Jules-Moulin, j’ai simplement grimpé à l’échelle d’un des toboggans (on aperçoit une portion de la rampe à droite de l’image) pour ne pas être gêné par la clôture.


En Amérique du Nord, les excavatrices sur pneumatiques sont beaucoup moins répandues que leurs consœurs sur chenilles. Les quelques spécimens que j’ai croisés ressemblaient généralement à la version chenillée, à la différence que des roues remplaçaient les chenilles. Celle-ci, en revanche, était d’un genre différent : le moteur n’était pas monté sur la tourelle, mais sur le châssis inférieur. Les roues étaient également plus grosses que sur une machine conventionnelle. Elle possédait aussi un pivot supplémentaire entre le bras et le godet, lui permettant de pivoter latéralement (wrist-o-twist bucket). Notez le coffre à outils ajouté à côté du capot et la géométrie flèche-bras, avec le vérin du bras monté sous la flèche. Le nom Bantam, était aussi source de curiosité. Pendant des années, mes recherches sur les excavatrices Bantam me ramenaient toujours aux machines à câble Schield-Bantam, mais rien sur les machines hydrauliques. Presque 30 ans passèrent avant que je ne découvre la photo d’une excavatrice fabriquée par Koehring portant la mention Bantam. Cette découverte orienta mes recherches dans la bonne direction : Schield-Bantam fut acquise par Koehring en 1963 et la marque Bantam fut employée jusqu’en 1982.


La machine qui me fascina pendant tant d’années était en fait une excavatrice Koehring (le petit K en rouge sur fond blanc, à gauche du nom Bantam, était un bon indice, mais j’ignorais à quoi il correspondait). En plus des excavatrices, Koehring offrait aussi des grues tout-terrain. Le même châssis / groupe motopropulseur était utilisé pour les deux machines, avec quelques modifications au niveau des stabilisateurs. La firme Drott offrait aussi des grues et des excavatrices similaires.


Mis à part le capot qui est manquant, la S-155 de la vidéo ci-dessus semble être en excellent état pour une machine d'une trentaine d'années. Notez le mécanisme de pivotement latéral du godet au bout du bras. Le site Van Natta Bros contient une page sur l'opération d'une Drott Cruz-Air 80, la grande sœur de la Koehring Bantam S-155 Hoekruiser décrite plus haut.